Espace VERRE, vingt-cinq années vraiment bien remplies par Léopold L. Foulem

October 1, 2009

Carole Frève, Balançoire no1. (2007), verre soufflé, thermoformé et électroplaqué, cuivre. Crédit Michel Dubreuil.

Carole Frève, Balançoire no1. (2007), verre soufflé, thermoformé et électroplaqué, cuivre. Crédit Michel Dubreuil.

Une ancienne caserne de pompiers désaffectée située quelque part entre deux ponts dans une zone semi-industrielle est depuis vingt-cinq ans un laboratoire effervescent consacré au verre d’art. Ici, on préconise un système où l’élève et la matière, l’expérimentation et l’apprentissage sont au centre de l’exercice. Cette confrontation continuelle entre le savoir et le faire, le pourquoi et le comment, alimente et renouvelle constamment le processus créatif. Processus encadré par un souci de transmission rigoureuse de connaissances spécifiques à la discipline.

On apprend et expérimente lors du programme de formation de trois ans diverses méthodes de fabrication d’objets variés en verre. Ceux-ci s’inscrivent dans des créneaux qui vont de la pièce utilitaire aux œuvres d’expression libre, du verre soufflé au thermoformage par exemple.

Loin d’être bucolique, le lieu est néanmoins plus que convenable, efficace : les nombreux ateliers propres, méticuleusement propres, et adéquatement équipés occupent trois étages. Une galerie et des vitrines où se succèdent des expositions, ainsi qu’une bibliothèque spécialisée bien garnie s’ajoutent au complexe immobilier autosuffisant pour l’enseignement de cet art du feu.

La diffusion des travaux exécutés par les élèves diplômés constitue un aspect essentiel de la formation offerte à Espace VERRE. En plus d’être présentées régulièrement dans les vitrines destinées à cette fin et dans la galerie de l’institution, presque chaque année leurs œuvres sont exposées dans des milieux professionnels reconnus, galeries d’art ou centres d’artistes, rendant tout à fait concrets les liens production et marketing.

Donald Robertson, Miel. (2007), Pâte de cristal et cire perdue, (dimensions 34 x 41 x 37 cm). Crédit : Donald Robertson

Donald Robertson, Miel. (2007), Pâte de cristal et cire perdue, (dimensions 34 x 41 x 37 cm). Crédit : Donald Robertson

À Montréal, l’existence depuis trente-trois ans d’une galerie commerciale consacrée principalement à la promotion et à la diffusion du verre d’art constitue un atout important qui a soutenu et influencé cette discipline. N’oublions pas que plusieurs enseignants et diplômés de chez Espace VERRE font partie des artistes représentés par la Galerie Elena Lee. Non négligeables non plus sont les collections de verre en montre au Musée des beaux-arts de Montréal et particulièrement les espaces consacrées aux œuvres contemporaines. Ces lieux sont des sources opportunes où peuvent puiser les verriers et qui surtout valorisent la discipline aux yeux du grand public.

Conçu dès son origine comme un site d’expérimentation et d’apprentissage par François-Houdé et Ronald Labelle, des fondateurs visionnaires, Espace VERRE est heureusement resté fidèle à sa mission originale et a aussi élargi son mandat considérablement. Non seulement est-il une école atelier exemplaire, mais aussi il s’agit depuis son origine d’un pôle majeur d’échanges constants entre maîtres et élèves, entre résidents locaux et visiteurs étrangers, entre artisans et artistes. Une source d’émulation continuelle tout à fait bienfaisante et excitante. Il s’agit sans doute de la facette la plus remarquable du programme pédagogique développé, amélioré et soutenu sans réserve par l’école tout au long de son existence. La participation des élèves et des professeurs à des symposiums internationaux est courante et encouragée.

Lorsque l’on considère le corpus d’œuvres fabriquées par le groupe de maîtres verriers tous praticiens qui enseignent ici, la caractéristique première qui s’en dégage est la contemporanéité des démarches. Actuelles et compétentes, elles s’insèrent parfaitement dans le panorama du verre international d’aujourd’hui, qu’il s’agisse des sculptures à caractère mythologique de Donald Robertson, des intégrations à l’architecture de Michèle Lapointe, ou des formes de contenants sculpturaux en techniques mixtes de Carole Frève. La gamme de leurs réalisations est variée ce qui offre aux élèves de nombreuses possibilités quant à leurs propres interventions plastiques.

Susan Edgerley, Unfurl (2008). Verre façonné à la flamme (dimensions H : 168 cm x 213 cm largeur x 13 cm pro). Crédit Michel Dubreuil

Susan Edgerley, Unfurl (2008). Verre façonné à la flamme (dimensions H : 168 cm x 213 cm largeur x 13 cm pro). Crédit Michel Dubreuil

Unique en Amérique du Nord, l’atelier Fusion créé par Susan Edgerley, est réservé aux diplômés du programme, un lieu particulier voué à soutenir la relève en simulant une expérience de production, de mise en marché et de recherches formelles variées.

À ce jour, cent vingt-deux élèves ont terminé leurs périodes d’études pratiques exigées, dont quatre-vingt-neuf femmes et trente-trois hommes. Autre statistique intéressante et tout à fait concluante, soixante-trois d’entre eux, soit presque la moitié des diplômés, sont toujours actifs à temps plein ou partiel. La jeune génération se distingue notamment à l’étranger par les Sylvie Bélanger, Maude Bussières, Annie Cantin, Carole Frève, Catherine Labonté, Patrick Primeau, Stephen Pon, Cathy Strokowsky, pour ne nommer que ceux-là.

Par ailleurs, chaque année des maîtres-verriers sont invités à transmettre leur connaissance lors de stages de perfectionnement réservés aux verriers professionnels. Venus du Canada anglais, des États-Unis, d’Europe, d’Australie; comme Lino Tagiapietta d’Italie, David Reekie d’Angleterre, ou Philip Baldwin de Suisse. Ils ont tous séjourné à Espace VERRE afin d’animer des « master classes » de haut calibre.

Cette ouverture sur le monde, peut-être devrait-on écrire les mondes, est la base de la formation atypique offerte ici. Ce modèle pédagogique dynamique a emprunté, entre autres, certaines pratiques didactiques au niveau d’enseignement supérieur américain, et donne des résultats étonnants, vingt-cinq ans de surprises et de succès louables.

Un quart de siècle de cheminement mérite manifestement d’être souligné et célébré  Cette réussite impose également un regard objectif sur le futur si la mission de l’école veut demeurer pertinente. L’obsolescence guette tout programme d’enseignement s’il est laissé à lui-même.

Michèle Lapointe, Alice, Lorina, Édith et les autres (2006) détail, verre soufflé et photographies. Crédit René Rioux

Michèle Lapointe, Alice, Lorina, Édith et les autres (2006) détail, verre soufflé et photographies. Crédit René Rioux

La virtuosité est un atout  irréfutable. Malgré cela, elle peut devenir un handicap si la prouesse technique s’impose comme raison d’être principale de l’œuvre. Dans une telle éventualité, celle-ci perdrait malheureusement son âme.

Un grand défi déterminera l’avenir du verre d’art au Québec et d’Espace VERRE. C’est qu’après une formation solide où l’acquisition d’un savoir-faire basé sur l’émulation est prioritaire, il faudrait absolument que les protagonistes puissent et soient incités désormais à élargir leurs univers spécifiques dans un environnement  universitaire, afin que les prochaines décennies débordent non seulement de créativité, mais aussi d’innovations.

Léopold Foulem est reconnu pour ses talents d’éducateur, de rédacteur, de conférencier et par-dessus tout d’artiste. Il a reçu le prix national Jean A. Chalmers de métiers d’art en 1998, et le Prix Saydie Bronfman en 2001. En 2003, il recevait le prestigieux prix culturel Acadien. Il est parmi les premiers céramistes canadiens présent dans les collections du Victoria And Albert Museum de Londres, en Angleterre, et du Musée Gardiner. Il partage son temps entre sa ville natale de Caraquet au Nouveau-Brunswick et Montréal, et un horaire bien rempli d’expositions internationales.

Espace VERRE rénove actuellement son bâtiment et recevra le congrès de l’Association du verre d’art canadien en 2010, tandis que les musées montréalais présenteront d’avril à décembre 2010 des expositions sur le thème du verre. 2010, Montréal, ville de verre.

www.espaceverre.qc.ca

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