CHRONOS – Exposition Solo de Donald Robertson
Galerie Espace VERRE, Montréal 22 Avril – 4 Juin, 2010

Three Chronometers, 2010, Glass, salt, water,iron and silica 137 x 53 x 53 cm each
Depuis des milliers d’années, l’homme s’efforce d’élucider les mystères de l’univers. Bien que l’évolution des connaissances scientifiques et les nombreuses découvertes révolutionnaires qui l’accompagnent aient engendré de profonds changements au niveau des points de vue scientifique, philosophique et social, notre manière d’aborder et de comprendre le monde demeure une quête incessante.
Pour l’artiste verrier Donald Robertson (né à Montréal en 1952), l’ensemble de ces spéculations intellectuelles constitue une source d’inspiration depuis près de 30 ans. Ce dernier utilise le verre et ses qualités intrinsèques de manière à matérialiser ses propres réflexions quant à la nature humaine et l’univers qui l’entoure. Symboles d’universalité, reflets de l’âme, regards sur l’infini : c’est dans une dimension à la fois philosophique et spirituelle que se construit l’esthétique de cet artiste pour le moins accompli. Ancien élève du Sheridan College (Ontario), la réputation de Robertson n’est plus à faire. Passé maître des techniques de la pâte de verre et du moulage à la cire perdue[1], on retrouve ses sculptures de verre dans nombre de collections privées et publiques tant en Amérique du Nord, en Europe qu’en Asie. Au cours de sa carrière, cet artiste a remporté de nombreux honneurs en plus de participer à plusieurs échanges à travers le monde. En 1990, grâce au soutien du Ministère des Affaires culturelles du Québec, Robertson eut l’occasion de séjourner à Prague (Tchécoslovaquie) où il fut profondément marqué par son apprentissage en compagnie des verriers Ales Vasicek & Jaromir Rybak. Durant vingt ans, Robertson s’est également consacré à l’enseignement, partageant ainsi son riche savoir auprès d’une relève formée chez Espace Verre : l’École du verre à Montréal.
C’est en ces lieux que l’artiste nous conviait tout récemment pour sa plus récente exposition solo intitulée Chronos[2]. Non sans rappeler une divinité Grecque, ce titre annonce inéluctablement un thème cher à l’artiste : la perception du passage du temps. Cette exposition, entièrement constituée de pièces nouvelles (à une exception près), fait figure de synthèse de l’œuvre de Robertson chez qui la notion de temporalité apparaît subtilement, mais de manière soutenue, dans l’ensemble de sa production. Cette référence s’affirme bien sûr par l’utilisation de techniques anciennes, mais aussi sous forme de métaphores, à travers diverses thématiques associées soit aux découvertes scientifiques[3], aux phénomènes métaphysiques[4], au progrès (à la fois technologique et social) ou encore, et plus simplement, aux histoires légendaires[5] et autres lieux de mémoire[6].

Chronos Show
Ici, ce que l’artiste met en scène, c’est avant tout notre rapport au temps. Et le thème est pris de front et exploré sous toutes ses coutures : une « ligne de temps » composée d’une série d’esquisses disposées chronologiquement nous plonge d’entrée de jeu au cœur des préoccupations de l’artiste, marquant une phase primaire et indispensable du processus créatif. De même, une série de modèles en cire, intitulé Twelve, témoigne d’une étape cruciale de la fabrication tout en s’affirmant ici comme œuvre définitive. Puis, une énorme pendule (suspendue à quelques centimètres du sol) nous renvoie symboliquement à notre propre existence alors que trois énormes sabliers de verre– incarnant la transformation de la Terre par l’air, l’eau et le feu– évoquent, tel un arrêt sur image, une dimension temporelle insaisissable pour l’homme : le temps géologique. D’autres transformations physiques sont également explorées de manière plus conceptuelle. Les œuvres Ripple et Moon Shadow s’inspirent toutes deux de l’eau et du cycle des marées sans toutefois constituer une référence littérale : l’artiste parvient à en évoquer les attributs grâce à une extraordinaire maîtrise des matériaux. Enfin, témoignant de ses premières réalisations artistiques, une sculpture en céramique, intitulée A Totem of Life (1978), nous rappelle que la mort se situe au fondement de toute forme de vie.[7]
Les œuvres de Donald Robertson témoignent ainsi d’une profondeur d’esprit et d’une sensibilité exceptionnelles. Celles-ci transcendent la matière grâce à de magnifiques jeux de lumière et de subtils contrastes de transparence et d’opacité. Le regard à la fois contemporain et très personnel que Robertson porte sur l’univers n’est nul autre que celui du philosophe ou du savant, magnifiquement incarné par la figure de l’artiste.
Valérie Côté, pour Espace VERRE.
“Étudiante à la Maîtrise en Etudes des arts à l’Université Concordia (Montréal), Valérie Côté est historienne de l’art et se spécialise en arts décoratifs contemporains. Elle travaille depuis plus d’an comme assistante de recherche pour le Musée des beaux-arts de Montréal et comme assistante professeure a l’Université Concordia. En plus de publier régulièrement au sein de revues specialisées, elle agit également a titre de conférencière invitée au sein de différents lieux d’enseignement.”
[1] Donald Robertson utilise ces deux techniques millénaires depuis les années 1980.
[2] Cette exposition fut présentée à la Galerie d’Espace Verre, du 22 avril au 4 juin 2010.
[3]Copernicus, 2009 ; Blue Spira, 2002
[4]Vessel II, 1997 ; Spiral form ou Vortex
[5]Memory II, 2008
[6] Série Voyages
[7] Choix d’œuvres de l’exposition Chronos.
CHRONOS – A SOLO EXHIBITION BY DONALD ROBERTSON
GALERIE ESPACE VERRE, MONTREAL April 22 – June 4, 2010

Twelve Wax, 2010, Eleven presented, 25 x 53 x 5 cm each
For thousands of years, mankind has been trying to explain the mysteries of the universe. Through the evolution of scientific knowledge and in the numerous revolutionary discoveries that have accompanied it, profound transformations have been brought to scientific, philosophical and social thought. We remain on an endless quest to find new ways of seeing and understanding our world.
For glass artist Donald Robertson (born in Montreal in 1952), these intellectual enigmas have been a source of inspiration in his work for the past 30 years. He uses glass and its intrinsic qualities to materialize his reflections on human nature and the universe that envelops us. Universal symbolism, spirituality and ponderings on infinity: it is as much within the philosophical as the spiritual realms where this accomplished artist finds his creative aesthetic. A Sheridan College graduate (Ontario), Donald Robertson’s reputation is well established. Mastering the ‘pate de verre’ technique and lost wax glass casting technique[1], his glass sculptures are found in many private and public collections in North America, Europe and Asia. Over his career, he has received many awards, in addition to having participated in many international events. In 1990, thanks in part to a grant from the Quebec Ministre of Cultural Affairs, Robertson was able to travel to Prague (Czechoslovakia) where he studied with glass masters Ales Vasicek and Jaromir Rybak. This study apprenticeship would profoundly influence his work for the next twenty years. Over the same two decades, Robertson has equally dedicated himself to his teaching, sharing his wealth of knowledge with the students of Espace VERRE: the Montreal glass school.
Donald Robertson recently presented his solo exhibition of new work titled Chronos[2], in the gallery space of Espace VERRE. While alluding to the Greek god of the same name, the title inescapably refers to a theme that is dear to the artist: our perception of the passage of time. The new works in this exhibition (with one exception) synthesize the body of Robertson oeuvre, subtly referring to temporality, the dominant theme in the pieces presented. This reference is apparent not only in his use of ancient techniques, but in the metaphors and variety of themes associated with both scientific discovery3 and metaphysical phenomena4, progress both social and technological, or more fundamentally alluding to myth5 and memory6.
In this exhibition, the artist emphasizes our relationship with time. Accordingly, this theme is confronted unapologetically and explored in its many nuances: Time Line (2009-2010), a series of drawings presented in chronological order, plunges us into the heart of the artist’s intent, the indispensable genesis of the creative process. In the piece Twelve (2010) a series of wax forms, usually created as a step towards fabrication in glass, affirms itself as a definitive sculpture. Industrial Time (2010), an enormous pendulum (suspended but a few centimetres from the ground) symbolically brings us back to our own existence, while three giant hourglasses titled Chronometers (2010) represent the Earth’s transformation by air, water and fire, conjuring images of a temporal dimension elusive to man: geologic time. Other tangible transformations are also conceptually explored. In works titled Ripple (2009) and Moon Shadow (2010) the movement of water and the cycles of the tides are suggested without any literal references: the artist achieves this through his extraordinary technical control of the medium. As a marker and testimony to his first artistic endeavours, a ceramic sculpture A Totem of Life (1978), reminds us that death also part of all forms of life7.

Detail of Moon Shadow, 2010, cast glass, 5 pieces, 28 x 53 x 5 cm
Donald Robertson’s glass works are an assertion of deep reflection and exceptional sensitivity. His pieces transcend their materiality through exquisite plays of light and subtle contrasts in transparency and opacity. The contemporary yet intimate perception that Robertson has of the universe is from the point of view of a philosopher and/or scientist, and is splendidly embodied in an artist.
Written by Valérie Côté, for Espace VERRE.
Currently enrolled in the Masters of Fine Arts at Concordia University in Montreal, Valérie Côté is an art historian specializing in contemporary decorative arts. For the past year she as worked at the Museum of Fine Arts as an assistant researcher and as a teaching assistant at Concordia. She publishes regularly in specialized revues and is frequently invited to speak in educational institutions.
1. Donald Robertson has used these two historical techniques since the 1980s.
2. This exhibition was presented at Espace VERRE, from April 22 to June 4, 2010
3. Copernicus 2009 ; Blue Spira 2002
4. Vessel II 1997 ; Spiral form or Vortex
5. Memory II, 2008
6. Voyages series
7. Choice of works from the CHRONOS exhibition











